Ambulat ergo sum d’une grammatique douteuse mais d’un sens juste, de celui qu’il entendait, auquel il ne pouvait s’empêcher de penser, qui lui venait par association à la vue d’un globe d’une mappemonde d’une carte d’un plan. Ambulat au lieu d’ambulō car c’est lui qu’il voyait marcher, lui restant lui car n’étant plus l’autre lui, mais lui qui regardait marcher l’autre, qui le voyait marcher marchant et ne pouvait pas, ne pouvait plus être celui qu‘il regardait, qu‘il voyait marcher mais lui conjugant, lui prononçant ergo sum à la suite d’ambulat, cherchant en fait pour être précis à se voir marcher tel qu’il était marchant, ce qui s’avérait difficile mais praticable: il se voyait mal en effet, mais se discernait suffisamment pour assister à différents trajets.

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Fi Il se voyait mal, mais se voyait néanmoins sortir de ce bâtiment et prendre à gauche jusqu’au bout de la rue sur laquelle donnait l’entrée du bâtiment qu’il venait de quitter. Au bout de la rue un croisement, la rue qu’il quitterait se prolongeant sous un autre nom pour déboucher sur un boulevard qu’il traversera mais à un autre endroit; venant de la droite une rue qui longeait à gauche une cour ouverte ou esplanade et un autre bâtiment auquel faisaient face des habitations, qu’il savait s’alignées là mais ne voyait plus comme il voyait, par exemple, la cour ou esplanade, l’autre bâtiment et d’autres habitations déjà, en face desquelles – donc sur sa droite – se trouvait, ou plutôt s’était trouvé, une chapelle de bois, avant que de partir en flammes. Puis venait, sur la gauche, cependant que sur la droite s‘élevait une église construite après la première, une résidence ou HLM amélioré qui faisait concurence par la hauteur à un autre édifice autrefois moderne mais déjà plus ancien alors, moderne d’autre fois, qu’il longeait après avoir traversé un boulevard et descendu une rue qui l’amenait à un autre boulevard, qui comme celui précédant menait d’un côté à un pont, celui justement où se rejoignaient ces deux boulevards, chacun menant, dans la direction opposée à celle où ils se rejoignaient (le pont), vers des endroits géographiquement contradictoires, ce qui ne signifie pas qu’en suivant ces deux directions il ne parvienne pas – en suivant continuellement le premier boulevard ou ayant choisi le second et quatre de ses prolongements – au croisement où ils se retrouvaient, parcours qui se pourrait représenter comme suit.

En ce qui concernait son intérêt pour les plans cartes mappemondes et globes à la vue desquels, même s’ils représentaient un lieu étranger à celui où il suivait sa progression il reconstituait avec assez d’exactitude ces trajets, l’une de ces directions (dans l’unité citée plus haut, car il ne s’engageait le plus souvent que sur l’une ou l’autre des portions sans avoir à tenir comptes des autres) jouait rarement un rôle dans ce qu’il nommait son approche pédestre de l’espace, l’autre si : pour ce que le pont enjambait au cours de ses quelques 400 m de portée et pour diverses raisons dont il sera question plus tard, ou non.

sIl se voyait marcher de bonne allure puisqu’ayant descendu le boulevard dans la direction antipode pour ainsi dire à celle menant au pont il empruntait cette rue débouchant sur une place où se marchanda le bestiau, autrement dit : après avoir franchi ce que peut-être les habitants surnommaient sans le savoir et lui en le sachant Charybde et Scylla, et s’amusant de ce que les habitants considéraient comme tel, mais en employant un autre vocabulaire, du fait de leur clientèle, ces deux bars situés aux deux angles donnant sur place, il traversait celle-ci, ayant sur sa gauche un cinéma un bar un magasin d’articles de sports sur sa droite les bureaux d’un quotidien, devant lui trois bars. Gardant sa gauche il remontait une rue débouchant à son tour sur une nouvelle place qui fut royale montagneuse fédérative napoléonienne re-royale re-napoléonnienne pour finir jumelle, qualification correspondant au temps où lui la traversait, ainsi que celui que lui se voyait la traverser, lui aussi différent du lui d’alors que la place d’aujourd’hui à celle d’hier, et qu’il connut déjà différente de celle qu’elle avait été, reconstruite, sans les lignes de tram qui en longeaient deux côtés, sans la guillotine qui s’y dressa un temps, sans le kiosque à musique dont il traversait peut-être l’emplacement, le souvenir, ou plutôt les, car il y en eut deux, pour emprunter une rue descendante longeant une église qui n’était déjà plus celle qu’avait décrite Stendhal, qui n’était déjà plus celle qu’elle avait été lorsqu’elle prit la place de celle qui fut construite en premier située à un autre emplacement que celle qu’il se voyait longer, comme il se voyait lire Stendhal moins par goût que par le fait qu’il écrivait de gros livres parfaitement adaptés à l’utilisation qu’il en faisait et qui consistait à lire des après-midi entières assis dans un café pour la bonne raison qu’ayant commandé un café et l’ayant bu il n’osait par timidité appeler le serveur ou la serveuse pour régler son addition, attendait donc que la ou le s’approche de sa table pour exprimer alors son intention de payer en cherchant son porte-monnaie dans sa veste geste souvent ignoré ou mal interprété (peut-être cherchait-il un mouchoir, de quoi écrire?), et qui l’amenait donc à lire pour patienter et l’amena à prendre avec lui des livres de plus en plus volumineux ayant constaté que ceux qu’il lisait d’abord avant d’avoir pris conscience de cette timidité l’empêchant de payer sa consommation aussitôt bue ou retardant le moment où il pourrait le faire se lisait relativement vite ce à quoi il remédia par exemple en emportant avec lui par exemple un ouvrage de Stendhal qu’il ne lisait pas pour la description citée peut-être plus haut n’en prenant connaissance qu’en la lisant, de même que les remarques lapidaires et somme toute négative de Flaubert sur la ville où il se voyait marcher n‘étaient pas une raison pour ne pas lire Flaubert qu’il lisait d’ailleur pour la même raison que Stendhal à savoir que cela lui évitait d’avoir à relire aussitôt ce qu’il venait de lire ce qui aurait pu être le cas lorsqu’il lisait des poêmes c’est à dire que la forme même du poême pouvait l’inciter à relire ce qu’il venait de lire, ce qui n’arrivait pour ainsi dire jamais avec la prose, avec Stendhal ou Flaubert, mais dans ce cas le premier qu’il lisait décrivant cet édifice qu’il ne vit jamais alors qu’il longeait celui qui lui avait succédé et qu’il laissait désormais pour traverser une rue en diagonale de façon à emprunter une rue sur sa droite qu’il descendait jusqu’à ce que la croise une nouvelle rue qu’il prenait en tournant à gauche.

Mais se voyait de même prendre à droite en sortant du bâtiment, de ce bâtiment quitté ainsi combien de fois? Autant que nécessaire, nécessité imposée dans la plupart des cas mais qu’il avait finalement considéré non plus comme une nécessité ou une obligation et d’ailleurs son intérêt pour les cartes les plans les globes et mappemondes, la lecture qu’il pouvait en faire, montrait que cette nécessité ou obligation était devenu moins passion [forme d’obligation voire de nécessité en ce sens que le passionné se voit dans la nécessité constante de suivre sa passion de la nourrir de ce qui ne lui est pas contraire, d’y sacrifier et son temps et sa personne, ce qu’en absence de passion il ne serait pas obligé de faire] qu‘une action allant de soi puisqu’il allait effectivement, soit en prenant à gauche à la sortie du bâtiment, soit à droite, direction aisément reconnaissable par l’odeur émanant du local où étaient déposées les poubelles des habitants du bâtiment qu’il quittait pour longer une série de locaux auxquels succédaient des ateliers puis une rangée de garages aux portes basculantes auxquels faisaient face de petits HLM qu’il voyait déjà en quittant le bâtiment, de même qu’il ne pouvait ignorer ce lotissement aux caractéristiques maisons de pierre de taille, matériau pour le moins étonnant étant donné la date de leur construction et qui semblait un quartier dans le quartier si l’on comparait ces maisons et les habitations entourant cet îlot, dont ne faisait pas parti le bâtiment qu’il quittait qu’il se voyait l‘ayant quitté et qu’il ne voyait plus même en le sachant présent dans son dos puisqu’étant parvenu au dernier des garages il débouchait sur une place ou plutôt un rond-point.

En plus de la rue qu’il venait d’emprunter y arrivaient ou en partaient deux boulevards et une rue dont il sera question peut-être ailleurs mais vers laquelle il se voit marcher plutôt que de prendre directement sur le boulevard à sa droite, même si empruntant celui-ci et tournant à gauche après une centaine de mètres il trouverait la rue vers laquelle il se voyait marcher avec l’intention d‘y marcher, c’est à dire traverser le rond-point place ou carrefour pour des raisons qu’il pourrait évoquer s’il en est question plus tard, c’est à dire si ces raisons lui paraissent avoir suffisament d’importance d’où il se voit marcher pour qu’il en parle, raisons d’ailleurs identiques à celles qui l’amenaient parfois – même s’il pouvait parvenir au même but en empruntant une toute autre rue au sortir du bâtiment qu’il avait, on s’en souvient, quitté pour prendre sur sa droite et qu’en quittant sur sa gauche pour tourner ensuite à droite puis de nouveau à droite – à se diriger plutôt vers la portion gauche de la rue vers laquelle il se dirigeait en diagonale sur sa droite mais plus à gauche du boulevard qu’il n’empruntait pas ce qui ne veut pas dire qu’il ne l’empruntait jamais le faisant au contraire lorsque par exemple son trajet devait le mener ailleurs que là où il se voyait marcher, c’est à dire la portion droite de la rue se poursuivant sur sa gauche (maintenant qu’il s’engageait à droite, dans son dos) et qui montait (la rue) pour déboucher sur la rue qu’il eut pu prendre s’il s‘était au carrefour rond-point ou place engagé sur le boulevard et avait tourné après une centaine de mètres à gauche et pour monter et rencontrer celle qu’il avait effectivement emprunté.

Conforme à la logique voulant que plusieurs rues menant à un pont en deviennent une (qui prend généralement alors le nom du pont) dès lors qu’elles atteignent celui-ci, la rue parcourue autant que l’autre se continuaient sur un pont dont rien, exepté la forme de l‘arc peut-être, n’expliquait le nom. Ni les lieux où il menait celui qui l’empruntait, ni la place (après avoir enjambé des voies ferrées), sur laquelle il donnait tout en la désignant ne montraient le moindre signe en justifiant l’appellation, pas plus que les enseignes de magasins d’ailleurs absents, ni les arbres ni les véhicules garés sur le parking et encore moins les habitations. Et s’il se voyait franchir ce pont, s’il se voyait voir les voies ferrées menant d’un côté à l’ouest de l’autre à l’est, s’il se voyait passer ce pont à différentes époques dont les plus anciennes étaient peut-être les plus intéressantes en ce sens que le passage s’effectuait hors de toute connaissance de cette ignorance et prenait le nom comme il venait tout en lui prêtant un exotisme confus, il se voyait de même s’arrêter au milieu de l’arc pour y attendre le passage d’une locomotive à vapeur dont la fumée enveloppait et le pont et les piétons le temps de ce passage, avant que de disparaître ou plutôt d’aller disparaître ailleurs, le laissant lui, au milieu du pont étonné, et lui maintenant, se voyant arrêté avant de se voir continuer à marcher vers la destination qu’il avait choisi entre les trois possibles.

,A, B, C. A signifiait se voir marcher droit devant, B, se voir prendre directement à droite, C, se voir prendre à droite après avoir traversé le parking en diagonale. A ne le mènerait pas plus loin que l’endroit où il se rendrait en ayant choisi cette direction, B le mènerait plus loin que A – là où il irait en prenant C – mais ne lui permettrait pas de se voir marcher dans B qu’il appréciait pour diverses raisons, la première relative à une rencontre qu’il y faisait régulièrement et qui répondait dans le temps à celle qu’il pouvait faire, par exemple, lorsqu‘au cours du premier trajet, au rond-point où les deux boulevards s’unifiaient pour devenir pont, plutôt que de se diriger vers le second boulevard après avoir traversé le premier il décidait de franchir le pont P‘. de loin bien plus grand et bien plus long que celui qu’il se voyait quitter et qui s’achevait près de l’endroit où il parviendrait en ayant parcouru B, la rue où, justement, il rencontrait le pendant de ce qu’il pouvait rencontrer au rond-point précédent P‘ : un clochard, qu’il nommerait P. alors que celui qu’il rencontrerait en marchant dans B sera baptisé non pas B. ce qui serait logique, mais V. ce qui est plus juste, en ce sens que la lettre V. se rapportait non au lieu (B.) où lui rencontrait V. mais bien à V. lui-même, à cette manière très particulière qu’il avait d’imiter la vache dès qu’il croisait un (lui, en l’occurrence, se voyant désormais croiser V.) ou même plusieurs piétons, après avoir lâché sa poussette encombrée mais sans la perdre de vue, un beuglement rauque lubrifié à l’air marin et au rouge, ou pif, ou jaja, ou trois étoiles, coiffé d’une casquette crasseuse vêtu d’un par-dessus élimé (mais doublement doublé, à l’intérieur, de la doublure traditionnelle, à l’extérieur, d’une patine d’origine diverses), d’où sortait un froc taché dont l’accordéon des jambes recouvrait en partie des chaussures tantôt de ville tantôt de sport, au gré des dons et trouvailles dans les poubelles, combinaison vestimentaire pour ainsi dire identique à celle de P. qui s’inquiétait lui du flot de circulation provenant de P‘ ou s’y dirigeant et s’appliquait à le régler à grands renforts de gestes théâtraux peu appréciés des conducteurs en ce sens qu’il gesticulait en se déplaçant sur les voies, y dessinant une géométrie incertaine sinon ésotérique qui ne manquait de surprendre les conducteurs, qui loin de comprendre l’engagement de P. pour une meilleure fluidité de la circulation le klaxonnaient ou l’envoyaient paître ce qui eut plus correspondu à V. lequel ignorait la plupart du temps ce qui se déplaçait sur la route se concentrant sur les bipèdes qui se rendaient soit vers la place portant le même nom que le pont ou comme lui se voyait le faire, continuaient de marcher pour arriver à deux escaliers menant de part et d’autre à P‘ au bout duquel P. maltraitait le traffic automobile en direction duquel il se verrait marcher pour s’arrêter au milieu de l’arc de P' et à l’instar de P‘‘, qu’il apercevait d’ailleurs, considèreraient les voies ferrées menant vers l’est ou vers l’ouest. En continuant en direction de P. il finirait par longer tout en le surplombant le cimetière dissimulé par des arbres, en rebroussant chemin, il retrouverait l’extrémité opposée où les directions se multipliaient autant que les voies y menant. Mais il ne gravît cependant aucun des escaliers, préférant passer sous P‘, sans pourtant continuer de marcher devant lui mais se voir effectivement marcher entre les piliers massifs, sur la terre battue, parking, aire de jeu de boules, voire point de chute (Ainsi que le démontra le corps d’un homme découvert là par un couple de promeneurs. L’absence de papiers d’identité ou de quelque autre indice rendant l’identification impossible, la police lança, en vain, un appel à témoin. L’inconnu le restait. Agé d’une quarantaine d’années, il portait un pantalon de tergal foncé, des chaussures de ville, ainsi qu’un t-shirt. Ce dernier ayant été décrit par les agents sans pour autant attirer leur attention, intéressa un journaliste ayant eu accès au rapport. En effet, le nom du groupe Joy Division y apparaissait en lettres rouges au-dessus de l’effigie de Mark. E. Smith. Le journaliste en concluait – et proposait par là une piste aux enquêteurs – que l’inconnu pouvait être un fan de l’un ou de l’autre, qui, profondément irrité par l’association imprimée sur le t-shirt, en acheta un exemplaire avant que d’enjamber la rembarde de P‘ en signe de prostestation), pour rejoindre prendre sur sa droite la rue qu’il avait décidé de ne pas prendre en quittant P‘‘, la remontant maintenant en longeant sur sa droite des habitations, sur sa gauche des panneaux de béton, derrière lesquels les voies ferrées vues de P‘et de P‘‘ menaient à l’ouest ou à l’est, pour repasser P‘‘ où il se voyait ne pas s’arrêter pour descendre la rue qu’il n’avait pas remontée, déboucher sur le boulevard qu’il prit sur sa droite, longeant des entrepôts s’ouvrant sans doute sur les voies ferrées et plutôt que reprendre à gauche et retourner au bâtiment qu’il avait quitté continuer tout droit puis prendre à gauche cette rue, cette portion de la rue qu’il n’avait pas prise à l’aller pour les raisons émises plus haut ou non, et poursuivre jusqu’à trouver sur sa gauche la rue qu’il eut pu prendre si en quittant le bâtiment quitté par la droite il l’avait fait par la gauche pour tourner presque tout de suite à droite et longer cette cité îlot comprise entre quatre rues ou bien sur le trottoir opposé le mur d’enceinte d’un hôpital interrompue par une ouverture discrète comparée à l’entrée principale qui telle qu’il se voyait la voir n’était plus celle qu’elle avait été puisque reconstruite, mais beaucoup moins vue que l‘autre porte, porte de derrière pour ainsi dire, derrière laquelle se trouvait une chapelle, pour déboucher sur la rue où il se trouvait et qu’il quittait pour prendre à droite une impasse ascendante se terminant par une passerelle enjambant les voies évoquées plus haut et se voir s’arrêter au milieu de la dite pour se tourner en direction du P‘‘ et plus loin de P‘ mais sans pouvoir les voir les voyant tout de même, d’une part pour les avoir franchi dans un sens et dans l’autre, même si dans le trajet précédent il ne l’avait fait en ce qui concerne le P‘ qu’au travers d’une projection, mais que cette traversée avait été réellement effectuée à maintes occasions dans un sens comme dans l’autre, et d’autre part justement par cette capacité que l’on a de se voir marcher en tel ou tel lieux sans y être, pour la bonne raison que l’on y a été, comme il se voyait être sur cette passerelle sur laquelle il avait aussi été à maintes reprises la traversant dans un sens autant que dans l’autre cette fois ayant repri sa marche dans le premier pour remonter une rue et à son extrémité prendre à droite sur cette rue qui était surtout une route bordée de maisons d’un côté de friches de l’autre et le menait là où il allait lorsqu’il s’y rendait.

Et se voyait ne s’y rendant pas c’est à dire ne faisant qu’y passer allant ailleurs plus loin tout droit puis à droite sur une route venant d’une ville qui n’en était plus une et une autre qui ne l’était pas encore, segment élastique allant rétrécissant puisque de chaque côté les deux surfaces urbaines augmentaient et finiraient par n’en faire qu‘une ou resteraient deux surfaces distinctes reliées par cet „entre-deux“, espace plus ou moins vert parsemé de résidences secondaires ou déjà principales – qu’en savait-il et que croyait-il vraiment savoir en croyant le savoir? – mais surtout une cité déposée là dans l’urgence, qu’il apercevait alors qu’il marchait, se voyait marcher monter lorsque la route montait et lorsqu’elle descendait descendre de même et amorcer un virage de piéton lorsqu’elle devenait courbe afin de rendre aux véhicules la descente moins rapide vertigineuse ou emballée mais qui restait courbe sérieuse. Elle entourait contournait donc cette butte ou côte, surplombant un premier étang partie d’un ancien bras de mer sectionné en deux pièces d’eau, sur un flanc de laquelle s’accrochaient provisoirement dans le durable ces baraques de bois et papier goudronné, qu’il ne voyait plus maintenant comme il avait pu se voir les voir puisqu’elles n’existaient plus rendant peut-être perplexes les satellites habitués à leur présence, comme lui s’était habitué lorsqu’il pouvait les voir à leurs occupants à qui ceux des deux autres surfaces prédisaient un avenir exclusivement pénitentiaire, prédiction équivalente au „tu finiras au bagne“, bagne étant le terme général, voire abstrait, regroupant des établissements ayant chacun sa spécificité mais semblables quant à leur raison d’être, et leur localisation. Toujours en vogue après la fermeture des dits établissements, comme si la dureté des conditions d’existence qu’ils supposaient pouvait encore exercer un charme négatif, préventif, il tomba en désuétude, finalement remplacé dans la formule par le nom du centre pénitentiaire le plus proche: „tu finiras à X.“, proximité peut-être plus menaçante car géographiquement concrète, mais qui n’impressionnait pas ceux à qui elle est prophétiquement destinée, et en ce qui le concernait (lui marchant sur cette route et regardant cette cité de l’“entre-deux“, visait sans distinction d’âge ou de sexe une progéniture dont le nom était souvent évoqué en relation avec des bagarres, des vols et autres coups fumeux, suffisament répétés pour devenir une „réputation“, dont paraissait vouloir profiter le Benjamin se moquant ouvertement des efforts des instituteurs cherchant à lui inculquer quelques notions de savoir général propres à l’amener sur un chemin autre que celui auquel il était – ou se croyait – prédestiné, effort qui n’était pas sans danger, l’un des enseignants en fit l’expérience après avoir puni Benjamin, qui en référa à son aîné dont la renomée de cogneur illuminait souvent plus que, par exemple, les lampions du bal de 14 juillet lorsque le bruit de canettes brisées, des injures et cris, des tables renversées et des coups, se substituait à celui de l’accordéon. Ils appartenaient néanmoins ainsi que d‘autres familles figées dans ces baraques d’un provisoire à longue durée à une catégorie légèrement plus élevée que celle par exemple représentée par V. et P. : ils étaient projetables dans un avenir, ils étaient conjugables au futur simple, contrairement à P. et V. qui ne pouvaient l’être qu’au présent de l’indicatif, même si lui se regardant les voir, l’un imitant la vache l’autre orchestrant la circulation, ne pouvait que les effleurer au moyen de l’imparfait ou du passé simple. Peinant dans la côte succédant à la descente il se demanda ce qu’ils étaient devenus.

La vaineté de la question lui apparut plus rapidement qu’une réponse possible. Il pouvait tout aussi bien se demander en regardant une carte un plan un globe ou une mappemonde : qui sont les gens vivant à cet endroit, cet autre, quel temps fait-il sur cette zone bleue, quel temps sur cette jaune? Sur les globes mappemondes plans et cartes qu’il dépliait consultait laissait tourner du doigt il n’y avait pas de temps au sens météorologique du terme. Cette absence le fascinait et influait naturellement sur sa manière de visualiser ses déplacements dans le temps [l’autre, qui passe), c’est à dire que ses déplacements s’effectuaient dans l’absence du temps (l’autre, celui qu’il fait). IL ne faisait ni chaud ni froid, le soleil ne brillait ni ne tombaient la pluie ou la neige, les alizées soufflaient toujours ailleurs. Cela ne signifiait cependant pas une absence de lumière comme il en avait l’impression, par exemple, en lisant Beckett qu’il lisait comme Flaubert ou Stendhal en attendant de pouvoir régler sa consommation, mais qu’il lisait comme il aurait lu Baudelaire ou Rimbaud, en relisant autant de fois que nécessaire la page qu’il lisait (c’est à dire jusqu’au moment où l’ayant remarqué, le serveur ou la serveuse s’approcherait de la table qu’il occupait parmi celles occupées par d’autres consommateurs ou comme cela arriva parmi les tables non-occupées (signifiant la fermeture imminente), pour encaisser le prix de sa consommation), faisant l’économie de la suivante, pour finalement sortir et marcher comme il se voyait de nouveau le faire et parvenir à l’entrée de l’agglomération succédant à la montée précédée de la descente contournant cette côte au flanc de laquelle vivaient ceux dont il ignorait ce qu’il étaient devenus, devenir qui resterait un mystère. Ce n’était pas le seul. Ce n’était pas vraiment le problème, qui eut été, vu de cet aujourd’hui à partir duquel il se voyait marcher, peut-être, que le monde que l’on commence à comprendre est celui qui est en train de disparaître. Se regardant marcher comme il marchait, il voyait comment le monde qu’il (lui marchant alors) commençait à comprendre disparaissait alors qu’il (toujours lui marchant alors) pensait qu’il avait toujours été ainsi et se perpétuerait de façon identique alors même qu’il n’existait déjà plus. La confusion des vieillards ne l’étonnait plus alors. A-t-on l’air malin, pensait-il, se voyant marcher sur cette route, oui a-t-on l’air malin en allant acheter une livre de café un paquet de lessive dans ce magasin d’alimentation, une baguette un pain de 2 livres dans cette boulangerie – où dans la sciure recouvrant le sol la trace des pas des derniers clients avaient déjà effacé celles de ceux qui les avaient précédés et que le coup de balais quotidien confondrait dans un même oubli – ou le journal et ces vignettes d’images à coller dans un album jamais terminé aux buralistes, persuadé que tous étaient aussi immuables que le bâtiment quitté par la droite ou la gauche, aussi immuables que le sable de telle ou telle plage ou ce terrain vague sur lequel se dressait alors le bâtiment quitté, aussi immuables que ces jours où... aussi immuables que les chantiers surgissant ici et là dans la ville et dont la poussière les tas de terre le fracas des engins promettaient de nouvelles immuabilités dont l’apparition annonçaient déjà la disparition. De lui marchant alors et les voyant prendre forme ainsi que leur propre disparition, disparues déjà peut-être au moment où lui regardait ces cartes ces plans ces globes et mappemondes, se regardait marcher entrer dans cette agglomération pour en sortir.

Se voit désormais ni entrer ni sortir mais rester regarder. Ce qu’il se voyait voir lorsqu’il le regardait n’était pas ce qu’il voyait en le regardant ou ne l‘étaitt plus. Ce qu’il voyait d’où il se voyait voir, ne lui fournissait aucune indication sur ce qu’il voyait en ce sens que ce qu’il voyait faisait écran devant ce qu’il voyait lorsqu’il le regardait. Cette route où il marchait pour arriver là et sur laquelle il continuerait de marcher sans hésiter à l’endroit où elle se dédoublerait suivant la direction où elle ne le mènerait pas s’il suivait l’autre, qui ne le mènerait évidemment pas là vers où il se verrait marcher s’il la suivait. Cette route, ces marquages, terre-pleins ou haricots, panneaux de signalisation, lampadaires, lignes électriques, végétations (herbe rognant la bordure du trottoir, buissons, haies, peupliers), jardins, habitations individuelles, collectives, panneaux d’affichage publicitaire, les différentes teintes du bitume, cet arrêt de bus, ce parking, il les voyait, et voyait ce qu’il ne voyait plus lorsqu’il se regardait regarder ce qu’il voyait, remplacé désormais par ce qu’il voyait et qu’il ne pouvait voir ni même imaginer alors qu’il voyait ce qu’il regardait. Et s’il ne lui était plus possible de voir, d’où il regardait, ce qu’il voyait, il parvenait néanmoins à voir ce qu’il ne voyait plus en regardant ce qu’il voyait lorsqu’il le regardait, et ce vu, ce n‘étaient ni le parking ni l’arrêt de bus, ni le clair et le foncé du macadam ni les jardins végétations lignes électriques lampadaires panneaux de signalisation, haricots ou terre-pleins, marquages et route qu’il se voyait voir, mais cet homme, assis au volant d’une DS, coiffé d’une casquette de marin-pêcheur, voyant devant lui (l’occupant de la DS) ce que lui (tel que lui maintenant se voyait) voyait aussi en le regardant, mais qui frappé par l’un de ces signes – POS, ZUP, ZAC, PAZ, PLU etc... – à même de rendre invisible ce que l’on voyait lorsqu’on le regardait, n’existait plus, provoquant du coup la non-existence du reste pourtant visible, mais n’étant plus ce que cela était lorsque ce qui n’existait plus existait et que lui (celui que lui regardait) ainsi que l’homme installé dans sa DS voyaient. DS, au rétroviseur intérieur de laquelle, ainsi qu’il pouvait se voir le voir, balançait un petit éléphant de peluche grise dont la légèreté contrastait avec la casquette de marin-pêcheur, sous-entendant l’exercice d’une profession peu portée à la légèreté mais qui pouvait très bien ne pas avoir été celle de l’homme (suffisament âgé pour être à la retraite), beaucoup d’hommes à cet âge portant ce genre de casquette même s’il n’avaient jamais mis le pied sur le pont d’un chalutier, d’une pinasse, ni même le fond d’une barque avec ou sans cabine. Mais cet homme, quelle qu’ait été sa profession, n’avait jamais eut pour lui (le voyant dans son véhicule regarder ce qui lui-même regardait) d’autre situation, ou position, que celle d’un homme assis dans une DS, similaire à ces présentateurs ou présentatrices qui n’ont de corps que le tronc, qu’il laissait maintenant là où il l’avait toujours vu sans avoir jamais su qui il attendait, les yeux en direction de ce que lui les regardant, lui et le conducteur, quoi que le terme ne convienne pas puisqu’il ne le vit jamais conduire, étant déjà garé lorsque lui arrivait et le restant lorsqu’il s’éloignait sur cette route le menant là où il allait même lorsqu’à un moment donné il la quitterait puisque cette route, au cas où il ne la quittait pas le menait à une autre route qu’il empruntait pour aller là où il se rendait, marchant sur le bas-côté, croisé par des véhicules dépassé par d’autres, à peine dérangé par le déplacement d’air provoqué par ces passages, pensant à ce qu’il pensait, ce que lui se regardant marcher ne pouvait voir ou penser ou même re-penser peut-être ne pensait-il pas, peut-être pensait-il à la DS diminuant dans son dos désormais, à l’éléphant en peluche fixé au rétroviseur intérieur et se balançant balancier dérisoire d’une pendule ne marquant que l’attente de cet homme assis et que lui qui comparait cette figurine à un balancier jamais ne vit l’objet de cette attente car pour le voir il lui eut fallut soit rester à l’endroit qu’il venait de quitter ou l’ayant quitté faire demi tour ce que ni l’un ni l’autre ne lui vint à l’esprit puisqu’il marchait comme lui, le regardant marcher, pouvait le constater, sur cette route qui s’élevait lentement mais avec constance, traversait un nouvel „entre-deux“ où à des maisons individuelles en succédaient d’autres, où les arbres succédaient aux haies et celles-ci à d’autres arbres, continuité parfois interrompue par un chemin vicinal ou une route qu’il dépassaient pour suivre et parvenir à ce lieu-dit, poignée d’habitations où il s’arrêterait au besoin, pour acheter dans ce bar-tabac-alimentation-dépôt-de-pain tenu par une vieille deux ou trois bricoles.

Plus vieux lui-même sans doute, plus âgé en tout cas. Un peu plus renseigné sur le peu de durée de la durée des êtres et des choses, mais peut-être pas encore convaincu. Et lui le voyant acheter un pain de 2 livres le journal ou un paquet de cigarettes en savait forcément un peu plus? Supposait pouvoir le savoir, pouvoir croire le savoir. N’étant en fait que dans la même situation que lui alors un peu plus renseigné, juste un peu plus tard, un peu plus plus renseigné, se doutant de certaines choses, en supputant certaines, ignorant les autres tant qu’il ne les tenait pas en main et même en les tenant? ... nostre condition porte que la cognoissance de ce que nous avons entre mains est aussi éloignée de nous, et aussi bien au-dessus des nues, que celle des astres. Il savait par exemple que la durée perçue par lui (effectuant ces achats) comme une certaine longueur devant forcément être d’une longueur certaine pour être qualifiée de durée ne cessait pas de l‘être en étant beaucoup plus courte que ce qu’il pensait qu’elle devait être pour l’être. Il savait que les baguettes et pains s’alignant dans leur panier n’y étaient que pour n’y plus être, de même que le tas de journaux n’avait été déposé sur le comptoir que pour y diminuer, qu’au moment où il en ouvrait un pour y lire ce qui avait pu se passer ailleurs il ne savait plus ce qui se passait là où il se trouvait, devant cette vieille derrière son comptoir, dont la durée propre continuait sur sa lancée pendant qu'il lisait, attendait qu'il règle ses achats, prenait le billet qu’il lui tendait enfin pour lui rendre de la monnaie ou ne rendant rien si le compte était juste, qui marchait lentement vers une table pour y servir une boisson, retournait derrière son comptoir pour y attendre un nouveau client, et dont la durée de vie diminuait au fur et à mesure qu’elle augmentait, et que ce qu’il lisait dans le journal sur ce qui s’était passé ne se passait et ne se passerait plus, comme lui passant et s’arrêtant là n‘y passerait plus et s’y arrêterait encore moins et que ce qu’il croyait, lui, se tenant devant la vieille derrière son comptoir, devoir durer même lorsqu’il cesserait de passer ne durerait sans doute pas autant qu’il le croyait et que les seules baguettes ou pains présents dans cette maison et les mitoyennes ne seraient que déposés sur une table par les occupants des logements qui auront remplacés ceux y vivant avant eux et, que dans l’une de ces maisons où sur la dernière marche du perron poussait déjà une plante les occupants d’après n’étaient pas plus présents que ceux d’avant, étaient déjà de l’après puisqu’il s’éloignait de nouveau. S’approchant de l’endroit où un puits séparerait la route en deux directions possibles qui prises, l’une dans le sens des aiguilles d’une montre l’autre dans le sens inverse, se rencontreraient, ou si lui se regardant marchant sur ce qui était encore une voie unique se regardait simultanément partir sur la route à gauche et s’engager sur celle de droite, se voir se quitter pour se voir plus tard se retrouver, se marcher au-devant de soi-même dédoublement qu’il n’hésitera pas à risquer je est un autre que l’on croise en somme assez régulièrement, sans s’attarder dans le meilleur des cas ou que l’on retrouve sans cesse dans ses pieds dans le cas contraire, qu’importe il avançait désormais aussi bien à droite qu’à gauche.

A droite longeait des habitations, des champs, des haies, s’enfonçait dans le tunnel formé par les branches se rejoignant au-dessus de la route bordée d‘une clôture infranchissable dont chaque maille de grillage, chaque portion de fil barbelé disait : noli me tangere et de l’autre côté de laquelle un chemin avait été tracé au bulldozer y succédait une confusion d’arbres et broussailles derrière laquelle ronflaient des avions invisibles au marcheur occupé d’ailleurs à observer talus taillis fossés, fouiller l’herbe qu’il foulait non dans l’attente d’y découvrir quoi que ce soit mais simplement entrenir un reste d’instinct collectionneur / chasseur veillant à ce que nous ne nous déplacions pas seulement en somnembule et l’oreille aux aguets pour deviner d’où venait tel bruit de moteur et veiller à ne pas se laisser faucher cueillir par quelque véhicule ou engin agricole qu’il insultait en sourdine crier n’eut servi à rien obliquait maintenant à droite saluant ou non selon leur présence ou absence les occupants – version campagnarde de ceux de la cité à flanc de côte loin là-bas dans son dos désormais – de cette Villa Aubépines sans moindre trace de rosacées murs décrépis d’un azur vague où vivaient donc ces gens ce couple s’activant entre potager et poulailler, comme préservé du temps par une clôture cachexique, et qui semblaient, elle dans sa roblouse noire, lui dans son bleu Bugatti n’être pas entrés dans le progrès du téléphone et de la télé couleur et d’ailleurs destinés à disparaître comme la route principale maintenant aussi dans son dos au fur et à mesure qu’il avançait entre labours et barbelés sur ce qui n’était plus bitume mais béton plus route mais piste de dalles fissurées vestiges d’une proche antiquité s’exprimant non en temples effondrés ou colonnes tronquées non en marbre mais dans la brutalité du béton armé coulé avec générosité parmi les dunes et sur ce là où lui se voyait marcher se suivait au gré des champs bosquets talus champs fourrés des avions ronflant en bout de piste faisant le point effectuant un demi tour avant que d’aller disparaître contre le vent s’ils décolaient au-dessus de sa tête il soufflait de l’ouest il pressait alors le pas craignant autant le grain que de se voir et retrouver sur la route formant le troisème côté d‘un triangle grossier piqué de noms rugueux qui prononcés donnaient l’impression de croquer du sable se taisait biffurquait à gauche sur une route dont l’élévation ouvrait l’espace soudain sur une perspective grise gorgée d’eau où les nuages s’affalaient pour ainsi sur la terre chamboulée par les tracteurs et charrues suivis par un essaim de mouettes affolées par les vers mis à jour dans une mornitude complète dans laquelle il s’enfonçait traversait sans s’arrêter hameaux et fermes pour remonter survolés d’alouettes entre blé et maïs et déboucher sur un croisement, devinant dans la pénombre d‘une bâtisse dépôt de pain débit de boisson se déplaçant lentement celles qu’il surnommait les Normes ou Parques décharnées serrées dans leur roblouse noire à la conversation aussi meigre que leur allure qui semblaient elles aussi ne pas vraiment avoir fait le saut dans le siècle, qui allait recevoir la même étiquette que celui qui l’avait précédé, qui n’avaient elles plus l’air trop vivantes alors que lui prenait à gauche et devaient être complètement mortes maintenant que lui se regardait prendre à gauche l’œil tantôt fixé sur les fougères des talus fossés hameaux chapelle lignes électriques arbres champs arbres arbres champs sorties de champs arbres embranchements lignes droites d’arbres et virages panneaux une dernière montée la mer à l’arrière-plan marchant d’un bon pas sans pourtant se presser et se retrouver face à soi, comme si c’était la plus simple des choses.

A gauche longeait des habitations des champs des haies apercevait la masse blanchâtre de vagues collines annonçant la côte devinable elle devinée par-delà d’autres haies champs habitations bosquets fougères disparaissant déjà comme souvent alors que la route redescendait pour reparaître plus tard comme à chaque fois tantôt claire et dégagée tantôt bouchée écrasée de nuages autant d’approche-moi que le contraire perçus avec instinct ce même instinct qui l’amènait quelques centaines de mètre en amont – le forçait? – à ralentir les yeux se détournant du blanc, gris d’où il était, semblant lisse pour se fixer sur la route là où elle fendait un bois avec sur la gauche cette végétation repoussée ayant repoussé celle que lui vit calcinée déchiquetée par l’avion écrasé là une nuit d’hiver n’ayant lui, arrêté là, peut-être, autrefois, saisi que l’image, mais lui se voyant arrêté regardant savait ou croyait savoir avoir entendu ce qu’une voix disait avait souvent dit répétait régulièrement pas seulement en l’exprimant verbalement mais aussi du visage du comportement d’une humeur qui s’abattait sur les jours en défaisait la continuité avec une violence qui n’était pas la violence de celui qui l’exprimait mais celle qui le faisait justement s’exprimer ainsi et qui le plaçait lui se voyant arrêté là dans une continuité qu’il ne saisit pas alors qu’il se tenait par ce jour d’hiver devant cette béance fumante mais réentendit et comprit plus tard ou crut comprendre comme lui se voyant revoir sous un autre aspect ce qu’il avait vu croyait comprendre avoir compris en s’inscrivant dans une chronologie qu’il ne soupçonnait pas avant de l’avoir définie inconsciemment et que son intérêt pour les cartes plan mappemondes et globes l’avait amené à revoir et réentendre et n’entendait pas alors passa un camping annonçant lui aussi la côte donc la mer enregistrée là-bas au sortir d’un virage et à l’odeur d’algue par intermintence disparue et qu’il savait devoir revenir qu’il sentait maintenant entrant dans cette agglomération ne s’attardait ni aux habitations haies taillés jardins ornés de pins prit à droite bien que tenté à gauche pour la longer lontemps alors qu’à droite il devrait plus tôt que tard la laisser dans son dos pour aller à sa rencontre ainsi que lui se regardant prendre à droite l’avait prévu même si tourner à gauche présentait un intérêt sous la forme d’un bunker aménagé où vivait une femme âgée édifice en partie recouvert de terre tumulus de béton aux meurtrières agrandies décorées de rideaux devant lequel elle avait aménagé un poulailler un potager dans lequel en roblouse il la voyait parfois bêcher biner sarcler creuser planter arroser désherber ou alors donner du grain ou restes de repas mâchés dans l’ombre des murs épais avantageux lors des coups de tabac mais comment se chauffait-elle l’hiver se demandait-il encore la plaçant parmi cette population qui de la cité à flanc de côte à la vieille dans son alimentation derrière son comptoir ne résistait pas au temps, sur lesquels celui-ci ne parvenait pas à prendre prise et lui-même emporté par son propre dynamisme abandonnait dans ce que lui se voyant tourner à droite plutôt qu’à gauche appelait niches ou recoins et dont l’existence sans être vraiment menacée était voué à la disparition s’éteignant lentement comme cette femme dans son bunker lentement cependant qu’il accélérait un peu le pas le long de la plage qu’il laissa sur sa gauche en biffurquant à droite sur cette route où il retrouverait après avoir dépassé un camping sur sa gauche un étang visible sur sa droite qui irait s‘élargissant des champs non cultivés des deux côtés recouverts par endroits de landes bouquets d’arbustes ou bosquets puis cultivés un lieu-dit et de se retrouver face à soi, comme si c’était la plus simple des choses.

tiroir 26 - armoire