Malédiction - Sortir d'une nuit blanche pour déboucher sur la grisaille du jour.

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Malin - Malins pharaons, qui, dès leur ascension au pouvoir, s’inquiétaient de leur place au parking de l’éternité avant que de trouver un créneau dans l’histoire.

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Manœuvre - Singulière manœeuvre qui nous voit empâter les actions dont nous régalons les fantômes auprès de qui nous entendons renforcer notre crédit..

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Matière - Dans le meilleur des cas il suffirait de voir en soi un petit bout de matière subissant des changements dans le temps et l’espace, dans le pire, un petit bout de matière se dégradant plus haut que son cul..

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Maux - Si nos maux sont le plus souvent honnêtes, les juleps que nous ingurgitons pour y remédier le sont beaucoup moins.

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Mécanique - Plus on ronge son frein moins on avance, et d'un frein alors nous ne saurions que faire.

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Ménage - A la vue de ces coins et autres recoins où le balais et l’aspirateur ont oublié de passer nous avons un avant-goût de ce à quoi pourrait ressembler le crâne lorsqu’enfin plus rien ne s’y agitera.

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Mesure

Métaphysique de la mesure

"sieh das zwei~eteilte meer
blaue buchs & silberhernd
unterwaesche wasserschwer
wolkenfracht dran festgeklemmt

traegem sinkt der honzont
in das nichts am tagesrand
der ozean wirkt unbewohnt
wasseimassenaflzustand"

(stan lafleur, das ganze sichtbare meer in 8 zeilen, Palmalyren)

Quelle candela pourrions-nous bien utiliser pour mesurer la clairvoyance de notre esprit lorsque prédisposés à voir nous parvenons, en observant filer l’eau d’un robinet, à reconnaître chaque goutte?

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Météorologie -

Un ciel gris et la pluie ne lui inspirent qu’une phrase : „les hommes sont les mégots de la vie“. Il la répète durant un bon bout de temps sur un ton monotone, persuadé que chaque goutte le vise, lui, personnellement – lui, mégot mal éteint et fumant encore.

Lors du passage à l'heure d'été, nous nous imaginons volontiers que l'hiver va soudain s'entrouvrir, se retirer ainsi que la Mer Rouge pour nous permettre d'avancer dans une lumière plus accueillante doublée d'une augmentation subite de la température, même si l'expérience nous démontre généralement le contraire.

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Méticulosité - C’est ainsi qu’avec sa méticulosité coutumière il entreprit de sonder son caractère, d’en classifier les composantes les plus nécessaires tout en écartant celles dont il pensait pouvoir se passer, se retrouvant après ce balayage minutieux, sans farine ni son..

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Minimal - Et la miniature (ou l'intention minimale) consisterait à dédaigner avec une superbe retenue un faire monumental, tout en affichant son manque de courage (ou son incapacité flagrante?) de ne pouvoir aller jusqu'au bout de l'inaction la plus complète – une sorte de compromis entre deux infinis en somme.

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Miroir - Les mouchetures d’un miroir piqué sont les lentigos du temps.

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Monde - Imputer à l’irreligieux l’état du monde est une erreur aussi grossière que de prétendre le changer grâce au religieux ; on attend pas non plus du mazout qu’il nous désaltère, ni de la glace qu’elle nous serve de combustible.

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Moderne

Ne pas hésiter à recracher le coléoptère qu’il avait confondu avec quelque sucrerie, voilà ce qui sépare l’être résolument moderne du passéiste, de même qu’il ne rechignera pas à ingurgiter les fleurs flanées qu’il suppose en pleine floraison.

Nous pouvions peut-être par le passé nous arranger avec la vie, avec la vie „moderne“ sûrement pas. Or notre vie n’est-elle pas depuis toujours, moderne?

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Modestie

Derrière les récifs d’une modestie convenue se tapit en chacun de nous, soyons en sûr, le désir d’atteindre au biblique, de déglinguer à notre tour, d’une pichenette, une ville après l’autre, d’avaler une mer à la paille avant de la recracher sur les téméraires qui se seront engagés sur l’espace libéré.

Modérant ses prétentions il préféra désormais prévoir le passé..

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Montagne - Chaque jour est une montagne à descendre.

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Mort

Il n‘est pas surpenant que les représentants des cultures ayant expulsé la mort de leur quotidien pour la confiner dans la statistique des journaux télévisés ou dans la presse écrite, les séries policières ou les films grand public, foncent en masse visiter les vestiges des cultures où elle était, la mort, une préocupation autrement plus sérieuse.

Il vécut d’une mort naturelle.

Se donner la mort ou sich das Leben nehmen (mot à mot: se prendre la vie) ?.

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Mots

Et souvent les mots n’étaient plus que des sons, non plus une combination de signes intégrés dans un système (la phrase) et prononcés pour rendre accessible une autre combination opérée au préalablement dans le cerveau, mais un suintement forfuit, que l’on traduit généralement par : parler pour ne rien dire.

Ces mots concentrés, dirigés vers un centre, à l’endroit où ils s’accumuleront, telle la poussière repoussée avec un balai.

Si les mots tuaient je m’en dirais volontiers deux entre quatre yeux.

Si les mots pouvaient parler!
Oui, si seulement les mots pouvaient parler, quel formidable outil nous aurions alors à notre disposition pour nous taire.

User des mots comme on fait la vaisselle : en prenant soin de séparer les os des arrêtes, le gras du maigre, le pépin du noyeau, et rincer le tout dans l’évier pour mieux les mélanger.

Des mots. J’ai moins l’impression d’écrire que de m’égoutter, mot à mot, de m’émoter.

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Mousse

Pierre qui mousse schampouine?

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Musiquw - La musique, chaussons de l´âme.

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Muscle - Le muscle dont on fait le héros ne rend pas plus sot l'idiot

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Mystique - Barbelé par l’extase

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[Extraits du journal de Marcel Crépon]

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