Radical - Prêt à tout, même à ne pas se coucher, le soir venu, dans le lit fait le matin, et surtout pas de la façon dont il l’a fait.

************

Raison - S’étonnera-t-on de ce que la raison puisse échaffauder les plans d’entreprises parfaitement irrationnelles, ou de ce que l’irraison les applique avec une efficacité terre-à-terre stupéfiante?

************

Raisonnement- Parmi les raisonnements divers que l’on croit fondés et qui ne le sont pas, il y a celui qui consiste à penser que l’autre occupe une place qui le serait beaucoup mieux par soi-même et y obtient des avantages qui nous sont dus. Nous démontrons par là que nous sommes justement incapables de nous mettre à la place de l’autre, qui a donc bien raison de s’y trouver.

************

Rancunes - Nous en voyons peu sans doute folâtrer dans la caducité, tant les nodosités de nos rancunes nous empêtrent pour mieux nous dissoudre.

************

Réactif - Du double sens de l’adjectif réactif, à la fois cause et conséquence.

************

Recyclage - La guerre russo-japonaise achevée, des marchands japonais fouillèrent les champs de batailles mandchouriens afin d'y récupérer les ossements de soldats, qu'ils brûlaient et pilaient pour en obtenir une sorte de charbon, lequel entrait dans la composition d'une nouvelle matière explosive pour canon

************

Réel- Le réel en soi n’est pas gênant mais bien les coquebins prompts à le massicoter en une mulitude de facettes qu’ils s’acharnent à faire brilloter en s’imaginant redécouvrir le feu.

************

Réfutation - Trois chose réfutées spontanément : la sténographie, la herse et le voisin ; la première parce qu’elle prétend faire gagner du temps et que j’entends bien le perdre ; la seconde parce qu’elle applanit pour mieux enfoncer, le troisième enfin, parce qu’il est, justement, le voisin, et que je le suis aussi pour lui.

************

Relation -

Et il arrive parfois que notre relation aux choses possède la force suggestive d’un travelling judicieux avant que de s’enfoncer dans la mélasse d’un goudron fondu par la chaleur de notre première impression.

Nos relations sont d’une brièveté étonnante, elles défleurissent plus rapidement qu’un bouquet dans un vase, et si nous utilisons le minium de l’amitié c’est moins pour en retarder la dégradation que nous en dissimuler le pourrissement.

************

Remords - Avoir du remords c'est mourir deux fois. On comprend alors pourquoi les morts ont la vie dure.

************

Remplissage - Plus nous remplissons les choses plus nous vidons notre vide. Il viendra alors un jour où il y aura tellement de vide que nous nous en effraierons et nous acharnerons à le remplir, comme les choses. Nous n´aurons pas avancé d´un pas. Il faudra tout recommencer - ou alors changer de tactique.

************

Rencontre - Surprenante rencontre, dans une pièce, d’une machine à coudre manuelle et d’un morceau d’étoffe.

************

Rengaine - J'agonise, donc je suis. Je suis, donc je meurs. Je meurs, donc je vis. Je vis donc j'agonise.

************

Reporter

René rêve
René possède l´âme d´un grand reporter il parcourt les points chauds du globe alentours et périphéries pour fournir aux sales trouillards planqués dans leurs pantoufles une vision vraie et sans compromis des gens et des faits de la planète que leur salon en brûlerait et eux avec mais il ne joue pas leur jeu il connait parfaitement leur attitude vis à vis de la réalité ils en lèchent l´horreur comme si c´était un banana-split et jettent le bâton et tout
frissonnant vont se coucher si ça se trouve il finira par gagner un prix de photographie international mais cela ne changera rien à sa manière de travailler il continuera à parcourir les points chauds et même les froids en dépit du danger avec son déguisement d´incognito et pour faire passer son message humanitaire virulent il emploiera toujours son style inimitable et en plus de l´âme il aura la carte "grand reporter" comme ça il pourra voyager à l´oeil et se faire inviter à toutes les parties gratis en plus des matchs de football et du Tour de France.

************

Repos - Se reposer, ou cultiver le capital de secondes nous étant aparties, prendre le temps d’aiguiser le poignard qui tranchera une à une les fibres de la corde retenant le hamac où nous moisissons..

************

Respiration - Le principe Oxygers 55 ou Dräger. Le circuit fermé.l´oxygène pure.

************

Résolution - Certaines résolutions, aussi louables soient-elles, nous rèvèlent parfois les inconvénients d’une imagination trop en verve, ainsi, celle de cet homme, qui, lassé de ses oublis quotidiens, acquit un astrobale avec l’idée d’uliser la position des astres comme pense-bête.

************

Retour (non)

no (return)

************

Rêve

Lorsqu’à l’éveil l’image d’un kangourou dessinant au compas de maître-danseur le trajet qui lui permettra d’échapper à un incendie vous vient à l’esprit, le propos de votre rêve est clair : vous ne mourrez pas dans les flammes ; il pleut des cordes en effet, vous pourriez bien vous pendre.
-
En général je dors trop peu pour avoir le temps de rêver.

Du fait qu’ils apparaissent à la surface du sommeil pour y être exploiter avec plus ou moins de bonheur par le dormeur, on peut dire des rêves qu’ils relèvent d’une archéologie à ciel ouvert, dans un lieu fermé.

Comme un dans lequel on ne rêverait de rien.

************

Retraite - Ne trouvant rien à dire, se taire semble une retraite tout à fait honnorable.

************

Rien

D’aucuns partirent à l’assaut du lotus pour revenir avec une poignée de diapositives, autrement dit : avec du rien en ektachrome.

************

Rire

Rira bien qui criera le dernier.

Wer zu letzte schreie, lacht am besten.

************

Robot - S’il n’a pas d’états d’âme le robot androïde à des états de formes : cénotaphe à l’apparence hantée par son inventeur, auquel il tend à ressembler sans pouvoir ni retracer son apparation, ni imaginer sa disparition, incapable de saisir ni le tragique de la première ni le comique de la seconde.

************

Romanesque

Equipé de mnémoniques comme l’alpisniste de cordes, il remonte le cours de sa vie pour parvenir au temps d’avant l’’être. Entreprise aussi banale sans doute que d’entreprendre l’ascension de l’Everest à reculons, sans masque à oxygène, par mauvais temps.

Lucien répondait aux sous-entendus humiliant de René par une expression inexpressive, qui dissimulait habilement une agitation semblable à celle de la paraison, toute en réactions à chaud, changeant sans cesse de forme selon les émotions ressenties, telle une matière désorientée ne sachant pas vers quel devenir tendre.

Plus rien à se mettre sous la dent, à foudroyer ni enscencer. Il l’écrase ce rien, sous son talon, et n’obtient pas grand chose de plus en retour. Aurait-il quoi que ce soit à se mettre sous la dent et agirait-il selon le même procédé, que le résultat ne serait pas différent.

Quand, au cour de la discussion, il dit qu’il envisageait de noliser un avion ou un navire, ou même l’un de ces 4 X 4 n’ayant aucun sens de la réalité où ils roulent, pour s’en aller affronter le temps à armes égales, son interlocuteur considéra son propos comme la marque évidente d’une déficience de bon aloi puisqu'il le planta là sur le champ.

Avec sa manière d’évoluer entre ouï-dire et vu-voir il avait acquis une somme conséquente d’opinions chevauchant le bon sens avec une délectation de hussard.

- Mais oui ! les pulsions assassines relèvent du folklore ! s’emballa René. Les choses répétées plaisent ! Aussi les hommes s’entretuent-ils avec un raffinement barbare ou une simplicité cultivée selon des motifs toujours à peu près identiques, attribuant ainsi à cette activité une qualité folklorique puisqu’elle se transmet de génération en génération.
Lucien ne répondit pas mais se demanda s’il ne se lasserait pas un jour de ce personnage qui n’hésitait jamais à prononcer avec une emphase pathétique un jugement, alors que la sentence avait été exécutée depuis longtemps et ne voyait aucun inconvénient à layer à la craie des troncs mouillés, et de surcroit déjà abattus. Il approuvait cependant Camille, qui se demandait à voix haute, au même moment, entre une bouchée de fromage et une gorgée de vin, quel pouvait bien être le nombre d’esprits œuvrant dans l'obscurité, et dont chaque livre, chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe même, signifierait l’estrapade pour les crétins, si ces derniers ne se plaçaient continuellement devant la lumière, provoquant l’ombre que les esprits supérieurs n’étaient pas prêts de quitter. Lucien approuvait Camille, malgré lui, mais en voulait surtout à Mireille qui coupa la parole à sa rivale en affirmant que les relations entre la croyance et la pornographie étaient plus étroites qu’on ne le pensait. En ce sens que L’amateur de porno et le croyant demandaient beaucoup, sinon l’impossible, et que sans cesse leur attente se délitait, non dans l’extase mais la déception. Il lui en voulait non parce qu’elle avait coupé la parole à celle qui n’était après tout que l’épouse de quasiment feu son meilleur ami, mais parce qu’elle avait répondu en évitant de lui répondre à lui, yeux dans les yeux, avait répondu à sa proposition de louer un dvd porno à la vidéothèque par la négative, et ce en présence de René et Camille, évitant par là toute discussion, lui coupant donc, à lui, la parole.

Ah ça! la scène valait le coup d’oeil! Le muscle contracté, à la limite de la crampe, de la rupture, le visage congestionné, hurlant qu’on lui fournisse de l’oxygène, aussi pitoyable qu’un Icare aptère, il affirmait vouloir affronter le temps à mains nues. Le temps possèdait, lui, un pouvoir astreingent, et notre homme se mit à diminuer, à rétrécir, avant de disparaître telle une poignée d’atomes dispercés au vent.

Il évitait tout ce qui de près ou de loin ressemblait à un bord de mer. Il haïssait le sable, la vue de l’écume l’ulcérait, le premier était depuis trop longtemps exploité industriellement, la seconde ne risquait pas de le devenir. „Pressurez de l’écume, vous obtiendrez du vent!“ lachait-il, avec mépris, en direction de ceux qui – ô ignorants! – patouilllaient dans cette mouscaille.

Superbe altercation au cour de laquelle les deux champions échangèrent force vocables où l’allusion sexuelle et le détail scatologique rabaissant n’étaient pas absent, où le ricanement de la hyène répliquait au rugissement léonin, où le cri du phoque s’effaçait au son du barissement. Et sans doute auraient-ils fini par récolter une brassée de lauriers de la part des spectateurs enjoués et connaisseurs, s’ils n’en étaient, finalement, venus aux mains.

Ne pouvant renverser le cosmos Firmin se vengea en shootant dans la première conserve venue : son existence.

Lobant de toute sa personne la buse de canalisation pour intimider la concurence mâle et gagner l’admiration femelle, il alla s’étendre os par-dessus organes dans le ravin dont il ne prit connaissance qu’en s’y écrasant.

Agité, gigotant, ergotant, sous les rayons d’un soleil, maigre.

Misonéistes irréductibles Lucien et Mireille rechignaient à tout changement côté cour. Soucieux cependant de ne pas apparaître conservateurs, sinon rétrogrades côté jardin, ils applaudissaient exhaustivement à chaque nouveauté, en vantaient les qualités en termes dithyrambiques, pour mieux continuer de s’irriguer le cerveau de leur habituelle sauce lénifiante qu’épiçaient les valeurs stéréotypes garantissant l’ordre immuable de leur bien-être. S’il arrivait à Lucien de commettre un faux-pas : « La masse de séries policières encombrant les rayons de librairies autant que les programmes de télévision se situent en lignée directe des romans de chevalerie qu"assassinait Cervantes. », Mireille déridait aussitôt le froncement de sourcils provoqué par la sortie chez l’interlocuteur : « Et le niveau de ces productions est tel, qu’elles sont leur propre don Quichotte. », cependant que Lucien le qualifiait en murmurant de barbare, ce que remarqua Mireille, qui remarqua aussi que le terme „barbare“ sous-entendait celui de „civilisé“. Or en qualifiant l’autre de „barbare“, le „civilisé“ traçait un segment allant de A (le civilisé) à B (le barbare), et retirait A pour éviter la réplique qui verrait B (le barbare) le qualifier, lui (A), de barbare. Or si A n’existait plus, comment B le pourrait-il? Et si B n’existait pas, comment A le pourrait-il ? Dans le cas présent l’interlocuteur était une interlocutrice : Camille, la femme de René, qui était en retard. C’est à dire qu’il était bien arrivé à l’heure pour le dîner mais se mettait en retard pour avoir refusé une fois de plus de garer sa voiture devant celle de Lucien, considérant que le dit véhicule n’était pas digne du sien, n’entendant pas mettre de l’eau dans le moulin à médisance des voisins qui ne manqueraient pas de commenter la promiscuité des deux véhicules, de soupçonner entre les deux couples une relation rendue seulement possible par quelque penchant pervers (car, se demendaient-ils, comment A, propriétaire de tel véhicule, pouvait-il fréquenter B propriétaire de tel autre, et vice-versa ?), devant cependant alimenter potentiellement le dit moulin pour la bonne raison que la place où il ne se garerait pour rien au monde était la seule de libre dans le quartier.

Avance vers l’orée d’une aube crépusculaire sans la pouvoir atteindre, trop couché pour se lever, trop debout pour pouvoir s’étendre, trop allongé pour pouvoir se recoucher.

Lucien, Mireille, Camille et René n’avaient rien à se dire ce jour là, rien pour justifier ni leur présence en présence des autres, ni leur présence en présence d’eux-mêmes. Le plus lucide d’entre eux se serait vu comme un livre lardé de signets indiquant les pages où se révélaient, noir sur blanc, les causes profondes de cette absence de raison d’être, le plus poétique, tel un taureau transpercé de banderilles pressentant une mort peu héroïque, le plus gourmet, tel un rôti serti de gousses d’ail sensées relever la fadeur de la viande morte. Si aucun d’eux n’effleurait l’une ou l’autre de ces approches, chacun sentait bien qu’il n’était qu’un vulgaire divertissement sans queue ni tête vaguement destiné à dégivrer, sans jamais y parvenir, l’ennui universel, dont ils étaient, ce jour là, l’exemple parfait.

************

Rotation - Il tournait si bien sur lui-même qu'il finit par se détourner de l'objet de sa rotation, de son origine comme de son but.

************

[Extraits du journal de Marcel Crépon]

tiroir 13 - armoire