Tout de suite, l'homme avait exprimé des doutes, se moucha tout en désignant cette „chose“ dont le prix lui paraissait exhorbitant. Selon lui, ça reproduisait tout bonnement un masque de plongée, ancien peut-être, mais sûrement pas au point de valoir si cher. Peu impressionné, le vendeur répondit, que ce serait bien drôle, car il provenait d’une région où l’eau était rare, autant dire désertique. Alors si de plongée il était question, ce serait dans ce monde où, selon les croyances en cours dans cette contrée, souffrent ceux qu’a terrassé la sorcellerie. Le septicisme de l’interlocuteur s’exprima ainsi, qu’à sa connaissance il n’existait pas de masque africain en plâtre. Le vendeur en convaint tout en affirmant n’avoir jamais parlé de masque. Car l’un de ses amis, en relation avec le Musée de l’homme, lui avait certifié qu’il s’agissait en fait d’un moulage de masque depuis longtemps réduit en poussière par les termites. On pouvait ainsi définir l’objet comme étant le masque funéraire d’un masque mort. Cela en faisait une pièce unique, ethnologiquement parlant. L’acheteur, de moins en moins potentiel, penchait plutôt pour un vulgaire attrape-couillon. D’un point de vue anthropologique cela se défendait, le vendeur n’y trouvait rien à dire. Cela n’enlevait cependant pas, au contraire, sa valeur au moulage. L’acheteur, relégué à son rôle de simple passant, disparut. Lucien acheta le moulage, mais surtout l’histoire.

tiroir 5 - armoire