Gehen

Man weiß nicht was man geht, tanz man dafür besser?

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Geier

Ein Buch über die Ewigkeit schreiben, mit Geiern als Interpunktion.

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Géographie - Nombre de personnes compressent avec ferveur ce qui les entoure, les êtres autant que les choses, leur donnant une expression de géographie renfrognée.

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Géomancie - Les secondes passées polissent les piques du temps, les afinent, les aiguisent, la géomancie n’est alors qu’un creuset où se préparerait de quoi les sufalter, avec l’espoir de réduire l’amertume du vin que l’on espère néanmoins en tirer.

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Géotropisme - Autant grisé par les compliments qu’on lui adresse que par ceux qu’il se vaporise lui-même, il reste cependant plus attentif aux premiers ; à la moindre baisse, à la plus infime réduction, il réagit promptement grâce à la technique nommée géotropisme négatif chez les plantes.

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Gésir - Gésir ne se conjugue pas au futur, la grammaire nous permet ainsi de nous dérober à un état dont la certitude est sans appel, éludant une défaite par un défectif. Prononcer à voix haute : je girai / tu giras / il, elle gira / nous girons / vous girez / ils, elles giront... ou mieux encore : je gésirai / tu gésiras / il, elle gésira / nous gésirons / vous gésirez / ils, elles gésiront... n’est pas sans charme...

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Götze

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Gold

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Golem

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Goût

Affaire de goût sans aucun doute, que de chercher, en pratiquant une diérèse, à surprendre non ce qui se cache derrière la mascarade mais devant.

Son goût prononcé pour les registres illustre parfaitement le plaisir éprouvé par l’homme à passer, repasser dans le temps, passer et repasser encore, sécurisé par les données, ces particules maintenant en place son univers.

Végétariens et créophages s’accusent mutuellement ; les premiers, touillant leur rata, affirment que les seconds déciment la planète ; les seconds, appliqués au bassinage de leur steak, prétendent que les premiers détruisent les espaces verts. Leur mauvaise volonté les rapproche plus que ne les sépare leur goût.

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Groupe

Un groupe s’engouffre dans le hall d’accueil d’un musée. Ne sachant trop qu’y faire, parfait reflet de l’autre, chacun s’agite, va, vient, bat des bras, interpelle les uns, répond aux autres, se tourne, fouille son sac, avale une gorgée, et, avant de commencer la visite des collections ou d’une exposition temporaire, finit par se jeter sur les cartes postales, comme pour être sûr d’être au moins vraiment venu pour quelque chose.

En ce qui concerne les décibels qu’ils ne manquent de produire lorsqu’ils se retrouvent en groupe unissexe, les hommes et les femmes sont vraiment égaux.

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Gymnastique

Firmin se lève, prépare son petit déjeuner, s'assied. Il engloutit son premier café, grignotte sa tartine, déguste le second. Ayant allumé une cigarette, fait le tour de son cimetière privé, s'attarde sur les places occupées, se dépêche de dépasser celles encore libres.

Firmin se lève de bon matin, d'assez bon matin. Il s'assied à sa table, s'apprête à avaler sa première tasse de café lorsqu'il a l'idée fulgurante d'écrire désormais tout ce qui lui passerait par la tête. Il attend. Il attendait. Il attendit. Et l'idée fut bien la seule à être passée, et ce, à une vitesse telle qu'à la fin de la journée il ne fut plus tout aussi sûr de l'avoir vraiment eue.

Firmin se lève et entre dans la journée comme s'il avait raté huit marches à la fois, ou emprunté un escalier qui en serait dépourvu... passant ainsi du 3ème étage au rez-de-chaussée sans parvenir, à chaque pallier à s'accoutumer aux paillassons ni bruits, aux odeurs ni aux locataires.

Firmin se lève et considère la dérive des corps célestes, terrestres, des êtres et des choses, les yeux dans les yeux, s’éloignant les uns des autres, sûrement, lentement, parfaitement.

Firmin se lève, émergeant d’un sommeil de plomb qu'il aurait aimé être en fusion, qu’il aurait pu couler en moule pour obtenir une ceinture et s’enfoncer alors dans la journée.

Firmin se lève. Aujourd’hui ou jamais, se dit-il, sans rien ajouter, ni retrancher, ni entreprendre.

Firmin se lève tard et reconnaît que cela n'est pas une victoire à négliger que d'avoir su repousser si longtemps le moment où il sera nécessaire de parler, et, forcément, de se retrouver, par la force des choses, dans l'obligation, de s'entendre, parler.

Firmin se lève. Les rêves ne sont parfois rien d’autre que des souvenirs que nous aimerions avoir et n’auront jamais, pense-t-il, sans s'attarder.

Firmin se lève. Sa tasse de café bue, il atteint une sorte de zénith pour ensuite avancer dans la journée, tel un organe ptôsique.

Firmin se lève et se doute alors que les rêves ne servent pas à grand chose, sinon, peut-être, à le réveiller au milieu de la nuit et réduire à néant toute tentative qui le ramènerait au sommeil.

Firmin se lève. Il sirotte son café. Tout à fait réveillé, il éprouve le désir de servir le monde et se recouche, convaincu d'être ainsi beaucoup plus efficace.

Firmin se lève, la discussion de la veille lui revient à l'esprit. Son adversaire n’y alla pas de main morte, lançait ses arguments comme autant de billes d’acier rebondissant sur un sol carrelé, s’élevant à chaque rebond, de plus en plus bas.

Firmin se lève. Regarder par la fenêtre devient une douleur. Et tout rabougrit à chaque battement de paupières.

Firmin se lève et plonge dans le jours, moins par l’irrésistible nécessité d’accomplir une figure esthétique parfaite que par le fait que l'éveil retire la planche sur laquelle il se trouvait. Dans cette panique, le volume d’air emporté dans les poumons décide de ce que sera la journée : une noyade directe, ou une longue et douloureuse suffocation, où le désir de remonter en surface est combattu – le plus souvent avec succès – par la dynamique l'entraînant vers le fond.

Firmin se lève, le corps reposé, l'esprit clair, les yeux en face des trous, tant et si bien qu’ils y glissent et, allez savoir par quel revirement, il finit par avoir des trous à la place des yeux.

Firmin se lève et se met au travail : il mâche du temps.

Firmin se lève. A celui ou celle, qui, il y a 20 ou 30 ans, lui eut prédit qu'il deviendrait ce qu'il est, il eut répondu qu’il avait parfaitement raison. Cela tiendrait certes moins à un don de voyance qu’au fait que lorsqu’on embrasse une carrière où les chances d’arriver à peu sont assez élevées on y arrive effectivement. A partir de là, forcément ennivré par la succès, il n’est plus que de continuer sur sa lancée avec la ferme intention d’arriver à rien du tout.

Firmin se lève, la tête haute et les pieds patinant sur un tapis d’idées mortes, dont les feuilles ne se décomposent pas, figées qu’elles sont dans leur propre ineptie – un automne qui ne tiendrait pas ses promesses.

Firmin se lève, les faits se précisent : tout ce qui est allongé n’est pas forcément mort, ni vivant ce qui est debout.

Firmin se lève. Par curiosité il jette un coup d’oeil dehors pour voir une rue que la perspective laisse apparaître telle une géométrie incertaine dont tous les points, déloyaux, prennent une fuite si rapide qu’il ne saisit plus ce qu’il voit.

Firmin se lève, écarte les rideaux, le soleil suinte. Que dire d’un soleil qui suinte? Qu’en dire en effet?

Firmin se lève et envisage une approche topographique des choses qui lui permettrait au cour de la journée de toujours savoir où il était perdu.

Firmin se lève, jette un coup d’oeil sur les années, les siècles qui le précédèrent, pour constater que les hommes se débrouillaient très bien sans lui, ce qui laisse à penser qu’ils continueront aux siècles qui lui succèderont. Ils ne se devaient rien en somme.

Firmin se lève. Le temps d’un battement de paupières, il l’impression d’avoir effectué le tour du monde avant même avoir touché le sol du pied. Et loin de le revigorer, la première tasse de café avalée l’enfonce dans les effets de ce tourisme involontaire.

Firmin se lève, et s'il n’y voyait d’abord le siège de sa fatigue ontologique Il me laisserait volontiers berner par ce corps et ces jubilations céphalo-rachidiennes.

Firmin se lève et sait d’emblée : nul besoin de posséder des notions approfondies en quoi que ce soit pour constater qu’il se sent aussi spirituel qu’une boule de pain égarée dans une partie de pétanque.

Firmin se lève, la question se pose d’autor: sommes-nous autre chose que flandrins effarés, enfermés dehors, sur le rebord d’une fenêtre close, écartant les bras pour ne pas perdre l’équilibre, priant pour qu’elle s’ouvre. Et dans un sursaut d’orgueil, ordonnant même qu’elle le fasse tout de suite ?

Firmin se lève pour balloter lucidement dans la paramnésie.

Firmin se lève et convient de ne jamais se laisser tenter par l’écriture d’un journal, cette comptabilité de l'âme, s'étalant au travers des jours avec une consistance de confiture. On finit par s'en mettre plein les doigts, cela colle partout. On se retrouve bien incapable de saisir les choses sans s'en barbouiller, sans s'y accrocher (s'y empêtrer), puisqu'elles sont elles-mêmes engluées comme des mouches sur ces bandes adhésives, guirlandes en tire-bouchon. Tous ces cadavres, toutes ces agonies. Ces bourdonnements s'amenuisant, ces pattes tricotant bêtement, en sursauts de plus en plus faibles, ces ailes poissées, inutiles – c'est l'été...

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[Extraits du journal de Marcel Crépon]

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