La patronne répondit à l’esquisse de salut par un mouvement vague. Hésitant, comme embarassé par le nombre de tables inoccupées à cette heure l’homme choisit celle qui lui sembla sans doute la plus vide. La patronne vint lui apporter un liquide quelconque dont il avala machinalement une gorgée en sortant l’objet de sa poche. Sans lacher son journal Lucien se désintéressa de son contenu. Le monde pouvait attendre. Ou plutôt se trouvait concentré dans cette figurine dont la fonction se limitait à ce que l’on place une bougie dans l’orifice prévu à cet effet pour ensuite la suspendre à un sapin, le déposer sur les dunes d’une crême fraîche ou fouettée en attendant de se faire souffler, on pouvait aussi le laisser sur la table. Ainsi l’homme, briquet en main, allumant la bougie. La mèche s’agita un peu, la cire coula, recouvrit les flancs du camélidé, forma sous le ventre, lorsqu’elle y parvenait avant que de refroidir, des stalagtites. Directement introduite dans la bosse la bougie eut permit l’association avec l’expression „brûler ses réserves“. Ça n’était pas le cas. L’homme planta une nouvelle bougie sur les restes de la première, puis une troisième sur ceux de la seconde. Et ainsi de suite durant un bon moment, au cours duquel il regardait la brève illumination de sa solitude, interpréta Lucien, qui, une fois son journal achevé et sortant, découvrit le bougeoir sur le trottoir.

tiroir 5 - armoire