L’ennui du vol lavé par une humidité post-orageuse, et après avoir été toyoté une quinzaine de minutes dans la nuit, le nœud de l’affaire qui devait longtemps m’occuper. Faisceau de câbles noué comme l’aurait été une gerbe dans un but que j’ignorais. Aperçu dans le couloir de l‘hôtel, photographié quelques secondes avant une coupure de courant. A l’interrogation sucitée par une magie supposée, confuse, répondait, celle, tout à fait claire, de la technique et le commentaire du portier : Ce n’est pas parce que l’on exporte du courant chez les voisins qu’il faut gaspiller celui qu’il nous reste. Ma conclusion de ces petits évènements fut simple : lever le pouce du déclencheur, comme l’on réduit la pression du pied sur la pédale d’accélération. Ou, le cas échéant, laisser faire, en tendant le Brownie Flash à qui acceptait de le prendre. Dès le premier essai 10 prises de vue y passèrent, autant dire le film entier, montrant l’intérêt de l’apprenti photogaphe pour un pilône. La haute tension distribuée par les lignes qu’il supportait avec ses pareils d’un bout à l’autre du pays maintint la mienne à un niveau suffisament bas pour m’éviter de prendre trop tôt la dernière photo. Rétrospectivement je compris pourquoi. Ce devait être le seau. Ce récipient devait tout aussi longtemps m’occuper que le fil électrique, qui, loin d’avoir le rôle de celui d’Ariane, plutôt que de me concuire hors le labyrinthe, m’incita à en visiter d’autres, ainsi le seau. Celui d’Epictète, tel qu’approximativement cité par Joyce, attribuant à l’âme la qualité du seau. Que celle du câble y menât allait de soi. Situla, sitella, seel, Seele...
L’album que je fis de ces photos doit encore être chez Asteur. L’acquéreur de mon matériel finira par le dénicher, et n’y comprendra rien.
[Extrait du journal de M. Crépon]

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