„C’est sans doute ce que j’ai composé de plus personnel jusqu’à présent“. Malade du cœur Gustav Mahler a 48 ans. Il regarde vers l’extrême orient, compose un cycle de Lieder qui cache une symphonie. Il lui reste trois ans à vivre. Das Lied von der Erde sera crée en 1911 à Munich par Bruno Walter. Mahler ne l’entendra jamais. Les poêmes traduits du chinois par Hans Bethge et en partie réécrits par le compositeur évoque le peu d’épaisseur des choses terrestres, la fugacité de l’existence en tant que principe même de celle-ci.
„Tout ce que j'ai écrit ces dernières années, était une préparation à cette composition. Il est néanmoins possible que je me trompe.“ Malade du cœur Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch a 63 ans. Il se tourne vers l’occident, compose une symphonie qui révèle un cycle de Lieder. Il lui reste 6 ans à vivre. Il assistera à la création de l’œuvre par Rudolf Barshaï, à Leningrad. Seul l’un des onze poêmes choisis est en russe, les dix autres traduits, de l’espagnol (G. Lorca), du français (Apollinaire), de l’allemand (Rilke), tous parlent de la mort et de ce que les hommes y rajoutent : l’amour, le pouvoir, l’art.
De part et d’autre, une tentative de désensibilisation des blessures, ocassionées, pour l’un, d’avoir respiré l’air vicié, morbide, du segment où le passé perdait pied cependant que la modernité s’essoufflait à s’en arracher, pour l’autre, d’avoir aspiré l’air non moins`frelaté, délétère, de cette même modernité qui sut varier le morbide jusqu’en ses extrêmes. Là où l’un offre à l’oreille un désenchantement détaché nuancé d‘amertume, l’autre laisse entendre un constat, dont le propos s’achève brutalement. L’éloignement se poursuivra, se concrétisera pour le premier dans sa dernière symphonie achevée, 9ème du nom, aphone, mais non muette puisque, pour reprendre T. W. Adorno, la musique est devenue sa propre voix, cependant que le second, pour composer son ultime symphonie, la 15ème, s’appuiera sur des citations pour s’exprimer, parmi lesquelles on reconnaîtra, entre autres, Mahler et Wagner : Tristan & Isolde, que le premier dirigea à peu près à la même époque où il composait son cycle. Entre les deux, sur la couverture de la cassette, ce dessin, à propos duquel René racontait l’avoir vu s’animer, actionner le bras d’une platine, poser délicatement le diamant sur la galette de cire, et diriger un orchestre, évidemment invisible (comme l’était celui du Festspiel, dissimulé dans sa fosse, afin que la musique ne soit plus joué mais présente. Filet de sons s’emparant de l’audience dans ses mailles serrées), debout devant une table où se dressait un décor constitué d’un assemblage de pièce en carton coloré à la gouache ou huile, de bois et matériaux divers.
Lucien ni Mireille ou Camille n’en crurent un mot. René précisa n’avoir été témoin du phénomène qu’une seule fois. Cela ne changea rien à l’affaire.

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