Echelle


une échelle pour te voir - eine Leiter um dich zu sehen

Wozu die Leiter?
willst du hinein,
ins Herz, einsteigen
in meine heimlichsten
Gedanken einsteigen?

Friedrich Nietzsche, Klage der Ariane

Cette échelle, pourquoi?
Veux-tu pénétrer
dans mon coeur, te glisser
dans mes pensées
les plus cachées?
Friedrich Nietzsche, Lamentation d´Ariane

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Effort

De qualité moindre, les calots ne calent plus, l’ensembe vascille. Et cet état de chose réfrigère un peu l’échange avec le monde tout en l’allégeant : finalement, nous ne sommes pas mécontents de décliner sans aucune aide étrangère.

Langueur des tendons rendant le muscle incertain, le mouvement vague, annonçant une décortication imminente et définitive ; la vie débauche, court à une faillite que ne saurait fausser un plan de redressement.

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Elévation - En s’élevant sur les échelons de la dégénérescence, une sympathie grivoise ne finira-t-elle pas par se confondre avec une haine bégueule ?.

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Emigrés - Nombre de nos pensées et de nos actions font de nous des émigrés de nos propres pensées se déplaçant en file indienne dans un délire de circonvallations au centre desquelles stagnent quelques vérités déjà découvertes mais auxquelles le temps en général et nos oublis en particulier ont retiré toutes saveur, que nous cherchons néanmoins à redécouvrir, pour en goûter, avec nostalgie, le jus désormais rance.

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Empailler

Documenter le moindre de ses faits, le plus insignifiant de ses gestes sans oublier les paroles, établir un décompte précis des lieux où l’on aura vécu ou que l’on aura simplement traversé : Empailler sa vie.

Ces paysages que l’on qualifiait et qualifie d’ailleurs encore aujourd’hui de pittoresques ne sont le plus souvent que des paysages empaillés, tant l’homme, transformé en touriste, use et tue autant ce qu’il voit que ce qu’il touche.

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Empathie - La modestie d’un voeu n’en garantit pas la réalisation. Aussi, le jour où, désirant simplement revoir quelque 851 cm² de peinture à l'oeuf (une double magie de tunique rose, d’aile bleue billebarrée de vert, de rouge, sur fond doré, écaillée par endroits, disparue dans d’autres et révélant le travail des xylophages, propre à vous ravir) sur deux pannonceaux de bois accrochés (dans mon souvenir) dans un recoin discret du musée, je m’élançai pour être aussitôt refoulé par une foule compacte dont la présence, enrobée d'un nuage d'idiomes ne connaissant que l'exclamation bêtasse, me fit éprouver une profonde empathie pour le collectionneur payant une fortune une oeuvre afin de pouvoir l’apprécier, seul.

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Energie - L’énergie dépensée pour perdre le paradis nous manquerait-elle pour nous faire expulser de l’enfer?

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Ennui

L'ennui m'ennuie – m’ennuit? La nuit l’ennui me nuit

Epoustoufflé d’ennui

L’ennui est la vengeance du temps sur nos futiles personnes.

Chose très difficile sinon impossible : non pas de s’ennuyer mais de pouvoir le faire en paix.

Heureux celui qui a survécu à l’ennui, ne le ressent plus devant l’impression de lenteur, d’immobilité ; aura-t-il cependant seulement assez de réserves pour tenir tête à celui provoqué par la vitesse?

Si l’ennui était soporifique. ce coup fourré du temps glisserait sur nous telle une goutte d’eau sur une toile cirée.

Considérons la vitesse à laquelle les gens et les choses viennent à notre rencontre avant que de disparaître, considérons le temps auquel la rapidité des échanges semblent avoir mis le feu aux fesses ; cette frénésie, cet emballement, cette hystérie même, ne provoquent-ils pas un sentiment d’ennui comparable à celui éprouvé devant l’impression de lenteur ?

L’ennui, un état de choc qui vous laisse voir l’horizon comme décoloré à la soude.

Tout nous est bon pour combattre l’ennui, peu importe l’occupation pourvu qu’elle vienne à la rescousse : comparer le ballotement des bateaux par mer calme et mer agitée, jongler avec les dynes en étudiant son inertie, avant de passer aux pascals.

L’ennui nous fait croire être vide, au lieu de l’être.

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Entente - Je t’assieds pour mieux te raccourcir ; tu me loue pour me chloroformer – nous vivons en bonne entente..

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Enthousiasme

Si l'enthousiasme était mortel, je serai immortel.

Plus ça va, moins ça va - et moins ça va, moins il y en a - et moins il y en a, plus il y a de chance de ne plus en avoir du tout.

L’enthousiasme ressemble souvent à certain phénomène naturel dont on ne peut évaluer la progression une fois apparu. Et tel, qui se voit ainsi emporté par un élan enthousiaste peut tout aussi bien lui-même submerger son entourage. Rien de pire qu’une personne débordant d’enthousiasme.

Les participants s’encouragent mutuellement, se réjouissent des exploits á accomplir, des périls à surmonter, s’élancent vaillants comme Argonautes, vers le prochain brin d’herbe. Et la bave de bonheur qu’ils abandonnent à leur suite les conforte dans l’idée qu’ils ont de progresser à vive allure..

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Entrées - Imaginer des sorties fracassantes pour fantasmer des entrées en fanfare; se presser d'entrer en douce pour avoir la possibilité de sortir en catimini.

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Envie -

Doit-on envier l’isocarde de n’être pas aussi assidu que nous même à nous étourdir d’être sur cette planète qui d’un côté est telle qu’elle est, et de l’autre aussi ?

Dans certaines situations graves nous amenant à prendre des précautions si sinueuses qu’elles nous étranglent, nous envions le kangourou, moins pour ces qualités de bondisseur que celles, même exagérées, de boxeur.

Des envieux et puis voilà. Rampant nous jalousons celui qui vole ; respirant à pleins poumons, nous voudrions être à la place du poisson ; décolorés, nous écrasons de rage le caméléon..

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Ephémérité - Seul celui qui s’imagine une certaine longétivité peut s’intéresser à la durée d’un monde installé dans l’éphémérité – il coquette alors dans l’instant.

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Espoir - Seul celui qui s’imagine une certaine longétivité peut s’intéresser à la durée d’un monde installé dans l’éphémérité – il coquette alors dans l’instant.

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Esprit

En cinq secondes effectuer le tour de l´esprit, ce trou à rats, cette chose à cratères.

Ce n´est pas la lune qu´il faudrait déccrocher mais l´esprit.

L’esprit tantôt parcelé, compliqué comme le bocage normand avant le démembrement, tantôt vide comme la Beauce après la moisson.

Que l’esprit soit prisonnier du corps est une chose ; qui’il le soit de l’esprit en est une autre.

Esprits rétrécis par les pluies, désséchés par le soleil, voyant dans leur encre un poison fulgurant, une arme infaillible, une fronde prête à abattre tous les Goliaths, ne remarquant pas les paillettes qui l’ornent.

Las de charger à plein temps, ne trouvant souvent plus de proies dignes de venir complèter sa collection de trophée, l’esprit se met au mode « ralenti » ; visible, il aurait l’apparence d’un étang gelé dont la glace craquerait sous la pression d’une ultime débâcle.t.

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Etanchéité - Les jérémiades de René, aussi ponctuelles que les saisons d’une série télévisée, finirent par déclencher chez Lucien un déclic, auquel en succèda un second, qui en amena un troisième, lui-même prolongé d’une suite de clics dont la finalité consistait à la fermeture du conduit auditif. Fermeture temporaire, certes, mais le rendant cependant pour un moment étanche à ce genre d’agression. Les éléphants, dit-on, maîtrisent parfaitement cette technique..

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Etat - bartlebyed...

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Eternité - Les avis sont partagés

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Etouffement - Etouffé par le bruit

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Etre

S'i' fosse foco, ardere' il mondo;
s'i' fosse vento, lo tempestarei;
s'i' fosse acqua, i' l'annegherei;
s'i' fosse Dio, mandereil'en profondo;

s'i' fosse papa, serei allor giocondo,
ché tutti cristïani embrigarei;
s'i' fosse 'mperator, sa' che farei?
a tutti mozzarei lo capo a tondo.

S'i' fosse morte, andarei da mio padre;
s'i' fosse vita, fuggirei da lui:
similemente faria da mi' madre,

S'i' fosse Cecco, com'i' sono e fui,
torrei le donne giovani e leggiadre:
le vecchie e laide lasserei altrui.
(Cecco Angiolieri)


- Mais, demande-t-elle (ou il), pourquoi les hommes sont-ils comme ils sont?
- Parce qu’ils souffrent.
- Et pourquoi souffrent-ils?
- Parce qu’ils sont comme ils sont.

 

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Etroit

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Evergreen

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Evènements

I - Tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous forcent à parler des évènements particuliers. Peut-être ne s´agit- il là que d´un oubli de ta part ou alors, tout simplement, as-tu préféré les passer sous silence.
II - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous forcent à penser aux évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, comme cela arrive, as-tu préféré ne pas les évoquer.
III - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous forcent à considérer les évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, mesquinement, as-tu préféré les écarter.
IV - En effet, tu ne m´a jamais parlé de ces évènements généraux qui nous forcent à voir en face les évènements particuliers. Peut-être ne s´agit- il là que d´un oubli de ta part ou alors, malheureusement, as-tu préféré ne pas prendre de risque.
V - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous forcent à réfléchir aux évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, gratuitement, choisis-tu de les édulcorer par le mutisme..
VI - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous laissent apprécier les évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, iniquementt, estimas-tu que cesla ne valait pas la peine d´en discuter.
VII - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous ramènent aux évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, arbitrairement, jugeas-tu inopportun de les mettre sur le tapis.
VIII - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous forcent à admettre les évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, fébrilement, imaginas-tu le pire.
IX - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous font craindre les évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, incompréhensiblement, méprisas-tu leur existence.
X - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous font subir les évènements particuliers. Peut-être ne s´agit- il là que d´un oubli de ta part ou alors, sciemment, éprouvas-tu le bonheur de de te taire.
XI - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous permettent de goûter les évènements particuliers. Peut-être ne s´agit-il là que d´un oubli de ta part ou alors, bassement, as-tu douté de ma compétence.
XII - En effet, tu ne m´as jamais parlé de ces évènements généraux qui nous jettent en pâture aux évènements particuliers qui nous repoussent vers les évènements généraux qui nous renvoient aux évènement particuliers qui nous éjectent vers les évènements généraux qui nous propulsent vers les évènements particuliers qui nous éructent vers les évènements généraux qui nous remballent vers les évènements particuliers qui nous défèquent sur les évènements généraux qui nous dégueulent sur les évènements particuliers qui nous chassent vers les évènements généraux qui nous abandonnent aux évènements particuliers qui nous emprisonnent dans les évènements généraux qui nous enferment dans les évènements particuliers qui nous cloisonnent avecque les évènements généraux qui nous dissolvent dans les évènements particuliers qui nous fictionalisent dans les évènements généraux qui nous étranglent avecque les évènements particulièrement généraux qui nous agonisent

Commenter les évènements d’un jour revient à décortiquer une giboulée, d’en mesurer la proportion de pluie, de grêle et flocon et savoir lequel de ces phénomènes vous lacère le mieux l’humeur.

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Evolution

Nous nous sentons parfois aussi à l’aise qu’un stégocéphale désespérant de l’endroit où il est arrivé, regrettant celui d’où il vient... Et s’il prend conscience de ce qu’il abandonn,a il est bien incapable de rétrograder. Il poursuit donc, malgré lui, sa marche, chargé de nostalgie, une charge n’attendant que le détonnateur qui lui permettrait d’exploser enfin.

Cherchez donc derrière l’individu, l’espèce. Et celle-ci ayant produit celui-là, derrière l’espèce – quoi?

L’homme a fini par ressembler à l’homme.

A l’observateur attentif la nature est généralement un livre ouvert, et s’il le parcourt avec soin il comprendra que ce qui amena le singe à abandonner le bond de branches en branches pour s’entraîner à la bipédie ne fut rien d’autre que le désir – provoqué par l’ennui ? – d’avoir les mains libres afin d’applaudir à cette performance crurale combinée à certains effets de fesses, agrémentés d’un joli jeu de pieds ; exercice d’équilibriste dont la maîtrise vaut bien, certes, quelques battements de nageoires.

Le gain obtenu par le passage de l’état de quadrumane à celui de bipède est indéniable ; l’homme disposa alors d’un outil indispensable lui permettant de courir à droite et à gauche à la recherche de ses mains perdues.

Tel se présente l’homo sapiens parmi les espèces : mouillé dans toutes les combines, chargé comme un cure-dents à la suite d’un festin, prospère et pitoyable.

Placé dans le haut-fourneau de la vie le charme des jours passés ne produit aucun métal digne de ce nom, pas plus qu’une fois devenu mammifère le poisson ne saurait retourner à l’état de reptile.

L’évolution, qui a le bras long, chaperonne celui-ci au détriment de celui-là, et celui-là, au désavantage de cet autre, sans compter ceux qu’elle exempte d’emblée, c’est simple.

Il n’y a pas maldonne, dans le capharnaüm de l’évolution l’homme a sans doute la même raison d’être que le dinorsis : servir à plus ou moins long terme de pâte à gaufrage à la surface de la terre, elle-même virevolant au milieu de nulle-part.

Dans le rallye dont elle entretient savamment le suspense l’évolution ne se gêne pas pour hongrer un quadrilatère afin d’augmenter les chances du triangle.

- Je ne vous mets pas à la porte vous savez.
- Mais non, mais non. Nous ne voulons pas nous incruster.
A peine Mireille avait-elle tourné la clef que René et Camille dégringolaient l’escalier quatre à quatre. Lucien se tenait près de la fenêtre, écartait légèrement le rideau. Il les attendait au virage. Pour les surprendre, de haut, lorsqu’ils s’installeraient dans leur pète-plus-haut à quatre roues motrices et peinture métallisée. René réajusterait le rétroviseur intérieur (se trouvant beau par la même occasion), puis l’extérieur (réitérant le coup d’oeil satisfait), vérifierait le point-mort du levier de vitesse, effleurerait le volant, actionnerait les essuie-glaces après avoir humidifié le pare-brise, et elle, Camille, se passerait la ceinture de sécurité entre les seins, se mirerait dans la glace du pare-soleil en profiterait pour se rougir la lippe, se trémousserait. Et cette succession de gestes affectés, de mimiques narcissiques, semblerait à Lucien un véritable croc-en-jambe à l’espèce humaine. Et s’il ne précipitait pas ces deux imbéciles définitivement à terre, confus et ridicules, le nez dans la boue originelle, il leur donnerait, même assis, une allure trébuchante, disgrâcieuse, voire pathologique, bien éloignée de cette élégante et souveraine bipédie qui était, justement, l’argument majeur, la justification de cette espèce lorsqu’elle réfléchissait à sa position dans l’évolution.

L’homme est devenu homme par fainéantise.

L’homme est à l’image de l’homme et le singe ignore son bonheur.

Homo ergaster fut en premier, l'artisan de sa propre perte.

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Exaltation - A l’exaltation de ses contemporains il opposait volontiers un butoir du genre : Plus les hommes sont libres, plus ils sont stupides ; plus ils sont stupides, moins ils sont libres.

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Excuses - Gontcharov, Melville, cherchèrent des excuses à leur héros, ils eurent bien tort.

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Exercices

Ces exercices ne riment à rien bien sûr, mais ne serait-ce pas être bien maniéré que d’attendre de la cruche qu’elle se brise en se tournant les pouces ? Ou : L’air maniéré d’une cruche en morceau prétendant néamoins recevoir et contenir de l’eau correspond assez bien à l’idée de ces exercices, qui, décidément, ne riment à rien.

Plutôt que de boulevarder à tort et de travers parmi les passants qui sont autant de notes lourdement lourées, s’exercer au pilotage dans des rues inconnues, désertes, où la présence conserve presque un caractère illicite..

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Existence

L’existence n’est pas cette pierre que l’on roule chaque jour mais de la grenaille que nous transbahutons d’une heure dans l’autre, qui s’inscruste dans les pores, s’éparpille sous nos pieds et menace de nous faire chuter. Bien crédule celui qui croirait que liégée elle nous faciliterait la tache.

Lorsque l’existence nous monte à la tête et nous embrume l’entendement il n’est pas inutile de jeter un oeil sur le vivier d’images qu’elle tient en réserve, et dont l’effet, en nous glaçant, revivifie nos humeurs ; la qualité schématique d’un calliphore à l’oeuvre sur un reste de steak est de ce point de vue remarquable.

Monsieur Plan se déplaçait donc dans l’existence avec l’agilité et surtout, la persévérance d’un phocomèle ; sa vie fut d’une platitude effarante ou exemplaire, ce qu’il confirma dans un sens comme dans l’autre, avec un certain panache, en se jetant sous un rouleau compresseur.

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Expédition

Traum Ort / Lieu de rêve

Ziel Ort / Destination de rêve.

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Expérience - La proximité s’y prêtant, il est possible, avec un rien de patience, d’effectuer certaine expérience de dioptrique intérieure en amenant la dynamite naturelle qui s’y trouve à exploser.

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[Extraits du journal de Marcel Crépon]

tiroir 3 - armoire