Deception

Ces personnes que nous retrouvons après des années et qui ont tellement changé qu’elles nous déçoivent, tant nous ne nous reconnaissons plus en elles.

„Découvre ton moi profond!“ promettait la publicité. Ils se mirent donc en route, munis d’un fanal où brûlait un mélange de sagesse orientale et on ne sait trop quoi, genre :impressions Machin-Pichu et autres hocus-lotus-pocus ; ils parcoururent maintes galeries, traversèrent autant de cavités, pour revenir de ce séjour dans les profondeurs de leur personnalité aussi déçu que des touristes auxquels on aurait certifié que la Tour Eiffel effleure le ciel.

Savoir porter souverainement autant la chiffe véritable que le simili-pestiféré, autant le simili-chiffe que le pestifiéré véritable, vous situe au-delà de la déception, de toutes les déceptions.

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Déclin

De qualité moindre, les calots ne calent plus, l’ensembe vascille. Et cet état de chose réfrigère un peu l’échange avec le monde tout en l’allégeant : finalement, nous ne sommes pas mécontents de décliner sans aucune aide étrangère.

Langueur des tendons rendant le muscle incertain, le mouvement vague, annonçant une décortication imminente et définitive ; la vie débauche, court à une faillite que ne saurait fausser un plan de redressement.

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Défaite

Plus florissantes les unes que les autres, généreusement arrosés par des surrénales en surchauffe, nos défaites nous amènent à patauger dans les jours avec le ridicule un peu désuet d’un bout-en-train au milieu d’un conseil d’administration en passe d’être licencié.

Chaque jour est une victoire nous rapprochant de la défaite.

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Démesure - La démesure de chaque mouvement atteint son point culminant dans celui qui lui succède.

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Dégoût - Le dégoût est-il une maladie sexuellement transmissible?.

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Dépit - Ce qui nous horripile le plus disparaîtrait-il du jour au lendemain que nous tendririons notre arc vers nous-même, par manque de cible, par dépit et par ennui.

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Dépenser - Nous (nous) dépensons souvent comme nous pensons : à tort et de travers.

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Déplacer - Qui entend ne pas vouloir s’abaisser à déplacer des montagnes gagne beaucoup à rester au lit.

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Déploiement - Le déploiement de ses capacités et leurs rapides usures lui parurent d’autant plus faramineux que parvenu aux tréfonds des choses et des êtres il ne découvrit rien d’étonnant.

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Désespoir - la viande sur laquelle se jette un tigre en captivité n'est que la matérialisation de son désespoir, sur lequel Il s'acharne en espérant le dévorer une bonne fois pour toute, et dont le gardien lui apporte quotidiennement une nouvelle ration. Un Tantale condamné à toujours pouvoir se mettre quelque chose sous la dent.

Lorsque tout sombre avec éclat, la sérénité avec laquelle nous pouvons suivre la chute du monde se nomme : désespoir ascendant.

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Devinette - Qui a dit : à force de frotter la peau de ses chagrins on en réduit la surface sensible?

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Qui dévoile perd ses voiles, qui persévère perd ses vers.

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Digestion - Pariculièrement difficiles à digérer, ces moments où l’on se sent aussi à l’aise dans la vie qu’un caret en suspension dans un vide-ordures.

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Discussion

La discussion s’arrêta brusquement, pour ne pas empirer et finir en bagarre ; il était clair que j’avais tort d’avoir raison.

Ces discussions qui ne sont qu'échanges vains et tournent, tournent, traînent, écrasent sur leur passage des masses d'arguments sans qu'il en sorte quoi que ce soit de comestible, qui rappellent ces grosses meules animées par un bœuf, un âne, un dromadaire ou Conan le Barbare

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De l´espèce à l´espace en voie de disparition.

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Diversité

Face aux êtres à l’extravagance fêtarde imitant le cyclone et s'épuisant à éparpiller tout sur leur passage, le sobre thésaurire et s’étouffe dans son souffle.

Dans le patati et le patata des jours, parade mesquine où les gêneurs s’en donnent à coeur joie, les boeufs se prenant pour des bucéphales sont légions ; on cherchera longtemps mais en vain le scarabée pousseur de bouse.

L’oeil emmétrope qui suit la fuite d’un cassis sur une route de montagne ne conçoit pas l’érosion ; le cerveau l’envisage si promptement qu’il esquisse aussitôt un socle pour y planter une allégorie à l’immuable.

Ceux-ci voient dans Homo sapiens une épidémie, un déraillement biologique, biochimique ; ceux-là se contentent d’une image, celle d’une quenelle fourrée d’un ardent désir de légendes, mouchetée de passions criminelles. Les uns rêvent d’éradiquer la maladie, les autres la revendiquent – tous vont.

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divin

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Donnateur - Subtil donateur celui qui, cerné par la saveur de souvenirs décomposés, sait leur offrir la meule propre a leur redonner le piquant de l’anonymat.

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Doute - Une journée ensolleillée, qui attriste, et réchauffe le doute.

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Dreams - "We live, as we dream - alone..." *
... et nous mourons comme nous vivons - pour rien.

*Joseph Conrad, Heart of Darkness

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Duel

A : Ton pessimisme ne te mènera pas loin.
B : Forcément, ton optimisme lui barre la route.

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Durchdrehen

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Dynamique

A noter le plus clair du temps, et le plus foncé, et les intervalles, les nuances, les violences – comme si le temps, comme si l'on pouvait appliquer au temps une notion de luminosité – à noter disais-je, une dynamique inexplicable, bien que son observation soit aisée. Elle rappelle un peu ce jeu du "pousse-toi de là que je m'y mette jusqu'à ce que tu en reviennes", elle évoque aussi bien le tape-cul des boules de métal fixées à un portique : mouvement-masse-vitesse. Un rien m'arrête, tout me dépasse, logiquement. Me déplaçant moi-même il n'est pas absolument certain que tout puisse réellement me dépasser. Mais tenons pour établi le fait que je sois arrêté, à l'arrêt, complètement. Un arrêt, qui, puisqu'il se poursuit dans le temps, devient une durée ; et si l'on y regarde pas de trop près, pourrait être qualifié de mouvement ou du moins d'illusion du...? Passons. Je conçois que ce mouvement arrêté me permet de travailler, et s'il est évident que cette manière de travailler est un privilège, je n'oublie jamais le bonheur que cela me coûte. S'arrêter là? Ce serait bien dommage, ayant encore vaguement à l'esprit ce par quoi je commençai, ce vers quoi j'avance n'a aucune forme. Un peu comme le visiteur d'un supermarché qui remarquerait une solde, poursuivrait néanmoins son chemin sans savoir vers quel produit il se dirige et conserverait cette solde à l'esprit sans pourtant penser à l’acheter. Le moment viendra où il ne pourra y revenir. Est-ce cela, cette "dynamique inexpliquable"?

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[Extraits du journal de Marcel Crépon]

tiroir 2 - armoire